Communiqués

Succession Roger Roger

Il m'est difficile de décrire le sentiment d'injustice qui est le mien depuis le jugement rendu à mon encontre le 4 Décembre dernier par le Tribunal Correctionnel de Lyon. Je ne me sens coupable de rien et certainement pas d'avoir abusé de quelqu'un que j'aurais su être vulnérable. J'ai donc relevé appel de cette décision et j'ai la conviction que la justice dans un avenir que j'espère proche m'innocentera aux yeux de tous.

Malgré la demande expresse de la part de mon avocat de ne faire aucune déclaration suite au verdict rendu par le tribunal, je souhaite pourtant écrire ce texte explicatif afin que mes amis et mon entourage n’interprètent pas mal mon silence.

A l’automne 2006, grâce aux recommandations des journalistes Pierre-Marcel Ondher et Pierre Thibaud, je suis rentré en contact avec Eva Roger, veuve du compositeur Roger Roger pour qui je voue une véritable admiration depuis l’âge de 15 ans (ceux qui ont assisté à mes concerts ou ont écouté mes émissions radio le savent bien). Une relation autant amicale que professionnelle s’en suit avec Eva Roger, qui en plus d’être très attachée à la mémoire de son époux, est une grande admiratrice d’Offenbach. Elle, ainsi que son frère Heinz ont d’ailleurs enregistré Les Contes d’Hoffmann à plusieurs reprises. Et coïncidence, c’est en entendant Heinz Rehfuss dans le rôle des diables que je suis tombé amoureux des Contes d’Hoffmann alors que j’étais adolescent. 2006 est aussi l’époque où je collabore régulièrement avec l’Orchestre Pasdeloup, dont j’assure la programmation artistique de la saison Offenbach. Madame Roger a une âme de mécène. Elle a déjà financé et produit de nombreux projets de CD et DVD avec différents artistes : l’Orchestre de musique légère de Paris, les DVD de Dominique Nohain, les CD de Mélisande Chauveau, etc. Nous réalisons ensemble et avec les solistes de l’Orchestre Pasdeloup un premier album “Folies dansantes chez Offenbach” publié par le label Orphie 58 créé pour l’occasion, ainsi qu’une série d’émissions radio consacrée à Roger Roger pour France Musique. Différents projets d’enregistrements sont lancés. Pour moi c’est une bénédiction d’avoir pu rencontrer quelqu’un qui partage ainsi mes passions musicales et qui souhaitent soutenir celles-ci. Avec l’Orchestre Pasdeloup, la musique de Roger Roger est présente dans tous mes concerts, et appréciée autant par le public que par les musiciens de l’orchestre. Faire découvrir ce musicien aussi génialqu’oublié, c’est la nouvelle mission que je me suis fixée, parallèlement au combat que je mène depuis trente ans pour la musique d’Offenbach. Mais contrairement au patrimoine de ce dernier éparpillé aux quatre coins du monde, Eva Roger fait tout ce qui est en son pouvoir pour valoriser celui-ci et faire vivre l’œuvre de son défunt mari. Nous projetons alors la publication des nombreuses bandes qui dorment dans le studio que Roger Roger avait créé au sous sol de sa maison. 
En 2007, la direction de l’Orchestre Pasdeloup décide de réduire le nombre de concerts de la saison Offenbach. Problème de salle et de budget. Une opportunité se présente en décembre 2007 grâce à mon ami Jacques Bourdon, descendant direct d’Offenbach et propriétaire des murs du Théâtre des Bouffes-Parisiens. Celui-ci propose à l’administrateur du théâtre d’héberger gracieusement quelques concerts Offenbach. Dès le mois de février 2008, il est convenu avec Eva Roger que celle-ci apportera son soutien à quatre “lundis d’Offenbach des Bouffes-Parisiens” à hauteur de 5000 euros par concert. Le 21 mars, Eva Roger me confirme par email qu’elle a mis 20000 euros de coté pour les concerts à venir. Nous correspondrons principalement par email car je vais seulement un ou deux jours par mois à Paris dans le cadre des mes activités professionnelles passant le reste du temps dans les Hautes-Alpes. Malheureusement, quelques jours plus tard, Eva Roger va être hospitalisée d’urgence au Chesnay suite à un accident vasculaire cérébral. Elle souffre alors d’une hémiplégie. Eva est une battante et sa rééducation dans une maison spécialisée à Louvecienne va lui permettre de retrouver rapidement une bonne partie de ses facultés (la parole et une partie de sa motricité). Je vais lui rentre visite deux fois, lors de mes séjours parisiens. Elle se plaint de la qualité des soins et sur les conseils d’une amie suisse, elle organise son départ pour une clinique à Montreux. Le projet d’aide au financement des concerts Offenbach aux Bouffes-Parisiens n’en est pas pour le moins abandonné, et étant loin de Paris, c'est par l’intermédiaire de l’avocate d’Eva Roger, Maitre Michèle de Kerckhove que l’association que je préside depuis sa création en 1996, le CIDJO, va recevoir un chèque de 20000 euros (libellé par Me de Kerckhove et signé par Eva Roger). Même si les concerts sont prévus pour l’hiver suivant, la saison de l’orchestre se met en place depuis le mois de mars et il est indispensable d’avoir des garantis financières avant de s’engager. Seulement deux concerts auront lieu par la suite, en 2008 et 2009, le succès n’étant pas au rendez-vous par manque de promotion. En encore nous pouvons être heureux d’avoir réuni un peu de monde sans aucun affichage. 10000 euros seront remis à l’Orchestre des concerts Pasdeloup (financement des deux premiers concerts) et 10000 euros resteront sur le compte du CIDJO. Ils y sont encore, Eva Roger étant décédé entre temps. A noter qu’Eva Roger avait clairement exprimé son désir que cette argent transite par mon association afin de pouvoir en garder le contrôle et qu’il soit utilisé pour un projet Offenbach et pas pour autre chose. Ce que je ne savais pas, c’est qu’en avril un médecin déclarait que Madame Roger avait des moments de confusion mentale. Or ce chèque a été fait après cette déclaration… C’est pourquoi j’ai été accusé d’abus de faiblesse sur la personne d’Eva Roger. Et le juge de dire que si effectivement Madame Roger avait projeté de financer ces concerts avant son AVC, elle ne voulait « peut-être » pas les financer après. Et c’est pour ça qu’on me condamne. Et pour rien d’autre, contrairement à ce qu’a pu raconter ou laisser entendre la presse alimentée par la partie adverse. Cette condamnation est d’autant plus injuste que Madame Roger n’avait nullement perdu la tête, comme le prouve nos échanges d’emails du mois de juin, ainsi que les témoignages d’une partie de ses proches (ceux qui justement n’ont rien à perdre en disant la vérité). A signaler par ailleurs que je n’ai pas touché un centime directement ou indirectement sur la somme qui a été versée à l’Orchestre Pasdeloup puisque j’ai dirigé gracieusement ces deux concerts, comme de coutume. Tous les documents prouvant ce que j’avance ont pourtant été remis par mon avocat au juge d’instruction qui n’en a pas tenu compte. Emails, attestations de l’orchestre, etc. Ce que je n’arrive toujours pas à comprendre... Et ce, malgré une enquête de gendarmerie très poussée qui concluait pourtant à mon innocence. Toujours est-il que me voilà condamné pour un crime que je n’ai pas commis. C’est une situation aussi kafkaienne qu’insupportable… Evidement, tout cela est fait dans le seul but de faire annuler le legs ou plutôt la mission qu’Eva Roger a souhaité me confier par testament plus d’un an avant sa mort, à savoir la sauvegarde patrimoniale de l’oeuvre de son mari, la partie adverse (le fils d’Eva, et non pas de Roger Roger, qui était fâché depuis de nombreuses années avec sa mère, mais dont l’appât de gains faciles est le seul moteur) n’a pas d’autres dessins et ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Contrairement à ce qu’ont écrit les journalistes, Eva Roger n’a pas modifié son testament en ma faveur juste avant sa mort mais, alors que je lui proposais de créer une fondation pour la sauvegarde du patrimoine de son mari, c’est 10 mois avant qu’elle ne fasse son AVC qu’elle rédigeait dans ce sens et devant notaire un testament authentique. Et si les droits d’auteur n’étaient pas de fait rattachés aux partitions, la partie adverse n’aurait certainement pas remis en cause les dernières volontés de Mme Roger. D’ailleurs, au tribunal civil la partie adverse a été systématiquement déboutée et condamnée : en premier instance, en appel, en cassation, en demande de révision de procès. Huit ans que cela dure. Avec une situation bloquée et de nombreuses turpitudes sur lesquelles je ne vais pas m’étendre : avances indûment perçues et jamais remboursées malgré la demande expresse du Tribunal, amandes à mon encontre jamais réglées... Un total mépris de la justice...
Voilà. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu dans ces moments d’une violence et d’une cruauté inouïe. Je ne désespère pas que les juges de la Cour d’appel daignent écouter mes arguments et sachent, contrairement aux médias, ne pas faire d’amalgames entre cette histoire et la sordide affaire Bettencourt.

Hommage à Rossini, pour violoncelle et orchestre

Une petite anecdote d'archéologie offenbachienne que j'ai envie de vous raconter.   Mon éditeur Boosey & Hawkes reçoit une demande d'une violoncelliste allemande. Elle a entendu parler d'une pièce d'Offenbach pour violoncelle et orchestre intitulée "Hommage à Rossini" et aimerait la donner en concert". Frank Harders, mon principal collaborateur chez Boosey & Hawkes me demande donc s'il est possible de faire une nouvelle édition. Je suis enthousiaste et optimisme car j'ai le souvenir d'avoir croisé des manuscrits de cette oeuvre lors de mes dernières découvertes dans la famille Offenbach. Malheureusement je dois vite déchanter car les manuscrits en question sont en fait seulement l'ensemble des parties d'orchestre qui ont servi lors de la création et des différentes reprises. Et encore, il manque une partie d'alto et une de trombone, mais par bonheur je les avais déjà localisés il y a une quinzaine d'année dans une collection privée en Suède... Donc, pour le moment, nous pouvons reconstituer toute la partie orchestre mais il nous manque l'essentiel, c'est à dire la partie de violoncelle solo qui figure seulement dans la partition d'orchestre autographe. Est ce que celle-ci est accessible ? Cherchons dans mes listes ! Ouf ! le titre y apparait. Il y a quelques années j'ai eu accès dans une autre branche de la famille Offenbach aux... 10 dernières pages de ce précieux manuscrit. Et le reste ? En recherchant dans mes notes, je trouve la trace des 18 premières pages (le reste du manuscrit) dans le catalogue d'un antiquaire allemand. De fil en aiguille, je retrouve ces pages dans catalogue des Archives Historiques de la ville de Cologne qui comme vous le savez peut-être (on n'en parle plus guère) ont été détruites il y a quelques années suite à l'effondrement totale de l'immeuble. Par bonheur, l'université de Koblenz a microfilmé une bonne partie du fonds Offenbach de cette bibliothèque. Mais, par malheur, un directeur du département musical de l'université en question a jeté "par hasard" aux ordures (certains parlent plutôt d'un acte de vengeance) l'ensemble de ces microfilms... Mais par bonheur j'ai pu faire des tirages sur papier de la quasi totalité de ces microfilms avant leur destructions. En définitive, nous pourrons donc faire une édition de cet "Hommage à Rossini". Et ça ce passe très souvent comme ça...

Les Contes d'Hoffmann : dernière trouvaille - 13 février 2016

Résumons d'abord la situation en ce qui concerne les sources. Pour mémoire, Offenbach a laissé sa partition quasiment achevée sous forme de chant-piano prêt à être orchestrée. C'est à dire le prologue et les trois actes suivants (Olympia, Antonia, Giulietta). Quant à l'épilogue, il n'a laissé que des esquisses. Cette partition a été utilisée lors des répétitions en présence d'Offenbach durant les derniers jours de sa vie. A la mort du maître, c'est à Ernest Guiraud que revient la tâche d'orchestrer la partition, de la compléter (le prélude, les entractes et les mélodrames), et de mettre sur pieds un épilogue en utilisant les esquisses laissées par Offenbach. 

Cette partition où apparait donc l'écriture d'Offenbach pour les parties vocales et celle du piano, ainsi que l'écriture de Guiraud pour les parties instrumentales, cette partition étrangement disloquée acte par acte et éparpillée de par le monde, nous en connaissions la situation, du moins en ce qui concerne plusieurs fragments. L'acte d'Antonia et l'ultime reconstitution de l'épilogue (Guiraud en a tenté plusieurs) se trouve à la Bibliothèque Nationale de France. L'acte de Giulietta se trouve dans les archives de la famille Offenbach. Toutes les coupures faites la veille de la création se trouvent en partie aux Etats-Unis à la Bibliothèque Universitaire de Yale ainsi que dans mes propres archives (le finale de l'acte). Il nous manquait donc le prologue et l'acte d'Olympia pour connaitre précisément les dernières volontés musicales d'Offenbach. Depuis des années je cherchais ce manuscrit. Grâce à l'aide précieuse de la famille Offenbach, nous l'avons enfin trouvé ce samedi 13 février. Fait étrange : je venais justement de rédiger le texte de la conférence que je donne ce soir à Berlin sur Les Contes d'Hoffmann où je m'apprêtais à expliquer au public qu'une grande partie du manuscrit autographe des Contes d'Hoffmann n'est toujours pas localisé. Je dois corriger ma copie. Mais avec quelle bonheur ! Quels frémissements ! Et quelle joie indicible. J'espère au moins que cette découverte majeure va nous permettre d'avancer dans une situation éditoriale qui s'enlise depuis des années et des années.

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

 Ce vendredi 23 février, un article paru dans Le Figaro m’interpelle. Il s’agit d’une interview recueillie par Jean-Louis Valdire auprès de Loic Boissier et Benjamin Levy, les principaux protagonistes de la troupe « Les Brigands » qui donne actuellement au Théâtre de l’Athénée une adaptation de la pièce éponyme d’Offenbach. A en croire des déclarations qui n’ont d’autres buts que de justifier les arrangements musicaux pratiqués sur la partition du père des Contes d’Hoffmann« les matériels d’orchestre ont malheureusement disparus »« au théâtre des Bouffes Parisiens, il n’y avait pas quarante musiciens dans la fosse qui est microscopique »… Devant une pareille mystification, je suis en droit de me demander à quoi sert finalement le travail d’édition musicologique entrepris autour de l’œuvre d’Offenbach depuis bientôt dix ans ? A quoi sert mon combat de trente ans pour un « Offenbach authentique » ? Il suffit pourtant d’aller sur Internet pour constater qu’il existe une édition critique des Brigands, les matériels d’orchestre, ni même le manuscrit autographe n’ayant jamais disparu (ce dernier passait d’ailleurs en vente chez Sothebys il y a quelques années). Quant à la légende des fausses d’orchestres minuscules ne pouvant contenir que quelques musiciens, je pensais qu’elle a avait vécu. Il suffit de consulter une biographie sérieuse d’Offenbach pour savoir que les théâtres où furent crées ses pièces ont été particulièrement réorganisés depuis un siècle (privilégiant le confort du public au détriment de l’espace artistique), que la fosse des Bouffes-Parisiens (passage Choiseul) pouvait contenir une trentaine de musiciens, et celle des Variétés (où ont été créé Les Brigands), entre 30 et 40… Je me souviens du même genre de déclarations faite par Laurent Petitgirard il y a plus de 20 ans, au sujet de son orchestration nouvelle de La Vie parisienne représentée au Châtelet – il soutenait alors qu’Offenbach n’avait jamais orchestré sa partition... Le manuscrit autographe est pourtant bien localisé et une édition critique a été publiée depuis et jouée de par le monde. Mais que n’inventerait on pas pour justifier la nécessité d’un travail d’adaptation et les nombreux avantages qui peuvent en découler… Donc, si j’en crois les déclarations de nos deux «Brigands », je ne peux que constater, avec amertume, que les mentalités n’ont pas beaucoup évolué en un quart de siècle. Pourtant, j’ai l’impression qu’on vole le public en lui vendant des OGM (de l’Offenbach génétiquement modifié) au lieu de l’original. Malheureusement, peu s’en indignent. Pensez-vous qu'Offenbach mérite plus qu’un autre un tel traitement musical ?Applaudirait on avec autant d’enthousiasme à un Verdi ou un Wagner orchestralement dénaturé, et de surcroît pour 15 instruments ? Ce n’est pas la même chose, me répondront certains ! Ah bon ? Ce genre de ségrégations aussi, je pensais qu’elles n’avaient plus lieu d’être depuis la redécouverte de chefs d’œuvres comme Les Fées du Rhin ou Fantasio… Ce qui est d’autant plus regrettable, en ce qui concerne le spectacle de l’Athénée, c’est que cet opéra bouffe pourrait être joué dans son instrumentation originale avec seulement 18 musiciens (en diminuant l’effectif de cordes à un minimum indispensable). Le texte original serait sauvé et on pourrait ainsi apprécié à sa juste valeur le génie mozartien d’Offenbach. Ce ne doit pas être l’avis de Benjamin Levy, qui déclare en guise de conclusion : « C’est aussi une musique en friche.  Il y a des partitions à redécouvrir qui ont été malmenées dans certaines interprétations » Effectivement, celle de la troupe des Brigands en est bien le dernier exemple en date…  « On a l’impression qu’il faut se réapproprier ce répertoire pour lui rendre hommage ». Le plus bel hommage à lui rendre, c’est avant tout de le respecter en rendant justement à César, ou plutôt à Offenbach, ce qui lui appartient. 

LES CONTES D'HOFFMANN

LES CONTES D'HOFFMANN : la vérité sur la partition retrouvée à l'Opéra de Paris l'été dernier. Cliquez sur le lien suivant : www.jacquesoffenbach.net