Communiqués

Hommage à Rossini, pour violoncelle et orchestre

Une petite anecdote d'archéologie offenbachienne que j'ai envie de vous raconter.   Mon éditeur Boosey & Hawkes reçoit une demande d'une violoncelliste allemande. Elle a entendu parler d'une pièce d'Offenbach pour violoncelle et orchestre intitulée "Hommage à Rossini" et aimerait la donner en concert". Frank Harders, mon principal collaborateur chez Boosey & Hawkes me demande donc s'il est possible de faire une nouvelle édition. Je suis enthousiaste et optimisme car j'ai le souvenir d'avoir croisé des manuscrits de cette oeuvre lors de mes dernières découvertes dans la famille Offenbach. Malheureusement je dois vite déchanter car les manuscrits en question sont en fait seulement l'ensemble des parties d'orchestre qui ont servi lors de la création et des différentes reprises. Et encore, il manque une partie d'alto et une de trombone, mais par bonheur je les avais déjà localisés il y a une quinzaine d'année dans une collection privée en Suède... Donc, pour le moment, nous pouvons reconstituer toute la partie orchestre mais il nous manque l'essentiel, c'est à dire la partie de violoncelle solo qui figure seulement dans la partition d'orchestre autographe. Est ce que celle-ci est accessible ? Cherchons dans mes listes ! Ouf ! le titre y apparait. Il y a quelques années j'ai eu accès dans une autre branche de la famille Offenbach aux... 10 dernières pages de ce précieux manuscrit. Et le reste ? En recherchant dans mes notes, je trouve la trace des 18 premières pages (le reste du manuscrit) dans le catalogue d'un antiquaire allemand. De fil en aiguille, je retrouve ces pages dans catalogue des Archives Historiques de la ville de Cologne qui comme vous le savez peut-être (on n'en parle plus guère) ont été détruites il y a quelques années suite à l'effondrement totale de l'immeuble. Par bonheur, l'université de Koblenz a microfilmé une bonne partie du fonds Offenbach de cette bibliothèque. Mais, par malheur, un directeur du département musical de l'université en question a jeté "par hasard" aux ordures (certains parlent plutôt d'un acte de vengeance) l'ensemble de ces microfilms... Mais par bonheur j'ai pu faire des tirages sur papier de la quasi totalité de ces microfilms avant leur destructions. En définitive, nous pourrons donc faire une édition de cet "Hommage à Rossini". Et ça ce passe très souvent comme ça...

Les Contes d'Hoffmann : dernière trouvaille - 13 février 2016

Résumons d'abord la situation en ce qui concerne les sources. Pour mémoire, Offenbach a laissé sa partition quasiment achevée sous forme de chant-piano prêt à être orchestrée. C'est à dire le prologue et les trois actes suivants (Olympia, Antonia, Giulietta). Quant à l'épilogue, il n'a laissé que des esquisses. Cette partition a été utilisée lors des répétitions en présence d'Offenbach durant les derniers jours de sa vie. A la mort du maître, c'est à Ernest Guiraud que revient la tâche d'orchestrer la partition, de la compléter (le prélude, les entractes et les mélodrames), et de mettre sur pieds un épilogue en utilisant les esquisses laissées par Offenbach. 

Cette partition où apparait donc l'écriture d'Offenbach pour les parties vocales et celle du piano, ainsi que l'écriture de Guiraud pour les parties instrumentales, cette partition étrangement disloquée acte par acte et éparpillée de par le monde, nous en connaissions la situation, du moins en ce qui concerne plusieurs fragments. L'acte d'Antonia et l'ultime reconstitution de l'épilogue (Guiraud en a tenté plusieurs) se trouve à la Bibliothèque Nationale de France. L'acte de Giulietta se trouve dans les archives de la famille Offenbach. Toutes les coupures faites la veille de la création se trouvent en partie aux Etats-Unis à la Bibliothèque Universitaire de Yale ainsi que dans mes propres archives (le finale de l'acte). Il nous manquait donc le prologue et l'acte d'Olympia pour connaitre précisément les dernières volontés musicales d'Offenbach. Depuis des années je cherchais ce manuscrit. Grâce à l'aide précieuse de la famille Offenbach, nous l'avons enfin trouvé ce samedi 13 février. Fait étrange : je venais justement de rédiger le texte de la conférence que je donne ce soir à Berlin sur Les Contes d'Hoffmann où je m'apprêtais à expliquer au public qu'une grande partie du manuscrit autographe des Contes d'Hoffmann n'est toujours pas localisé. Je dois corriger ma copie. Mais avec quelle bonheur ! Quels frémissements ! Et quelle joie indicible. J'espère au moins que cette découverte majeure va nous permettre d'avancer dans une situation éditoriale qui s'enlise depuis des années et des années.

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

 Ce vendredi 23 février, un article paru dans Le Figaro m’interpelle. Il s’agit d’une interview recueillie par Jean-Louis Valdire auprès de Loic Boissier et Benjamin Levy, les principaux protagonistes de la troupe « Les Brigands » qui donne actuellement au Théâtre de l’Athénée une adaptation de la pièce éponyme d’Offenbach. A en croire des déclarations qui n’ont d’autres buts que de justifier les arrangements musicaux pratiqués sur la partition du père des Contes d’Hoffmann« les matériels d’orchestre ont malheureusement disparus »« au théâtre des Bouffes Parisiens, il n’y avait pas quarante musiciens dans la fosse qui est microscopique »… Devant une pareille mystification, je suis en droit de me demander à quoi sert finalement le travail d’édition musicologique entrepris autour de l’œuvre d’Offenbach depuis bientôt dix ans ? A quoi sert mon combat de trente ans pour un « Offenbach authentique » ? Il suffit pourtant d’aller sur Internet pour constater qu’il existe une édition critique des Brigands, les matériels d’orchestre, ni même le manuscrit autographe n’ayant jamais disparu (ce dernier passait d’ailleurs en vente chez Sothebys il y a quelques années). Quant à la légende des fausses d’orchestres minuscules ne pouvant contenir que quelques musiciens, je pensais qu’elle a avait vécu. Il suffit de consulter une biographie sérieuse d’Offenbach pour savoir que les théâtres où furent crées ses pièces ont été particulièrement réorganisés depuis un siècle (privilégiant le confort du public au détriment de l’espace artistique), que la fosse des Bouffes-Parisiens (passage Choiseul) pouvait contenir une trentaine de musiciens, et celle des Variétés (où ont été créé Les Brigands), entre 30 et 40… Je me souviens du même genre de déclarations faite par Laurent Petitgirard il y a plus de 20 ans, au sujet de son orchestration nouvelle de La Vie parisienne représentée au Châtelet – il soutenait alors qu’Offenbach n’avait jamais orchestré sa partition... Le manuscrit autographe est pourtant bien localisé et une édition critique a été publiée depuis et jouée de par le monde. Mais que n’inventerait on pas pour justifier la nécessité d’un travail d’adaptation et les nombreux avantages qui peuvent en découler… Donc, si j’en crois les déclarations de nos deux «Brigands », je ne peux que constater, avec amertume, que les mentalités n’ont pas beaucoup évolué en un quart de siècle. Pourtant, j’ai l’impression qu’on vole le public en lui vendant des OGM (de l’Offenbach génétiquement modifié) au lieu de l’original. Malheureusement, peu s’en indignent. Pensez-vous qu'Offenbach mérite plus qu’un autre un tel traitement musical ?Applaudirait on avec autant d’enthousiasme à un Verdi ou un Wagner orchestralement dénaturé, et de surcroît pour 15 instruments ? Ce n’est pas la même chose, me répondront certains ! Ah bon ? Ce genre de ségrégations aussi, je pensais qu’elles n’avaient plus lieu d’être depuis la redécouverte de chefs d’œuvres comme Les Fées du Rhin ou Fantasio… Ce qui est d’autant plus regrettable, en ce qui concerne le spectacle de l’Athénée, c’est que cet opéra bouffe pourrait être joué dans son instrumentation originale avec seulement 18 musiciens (en diminuant l’effectif de cordes à un minimum indispensable). Le texte original serait sauvé et on pourrait ainsi apprécié à sa juste valeur le génie mozartien d’Offenbach. Ce ne doit pas être l’avis de Benjamin Levy, qui déclare en guise de conclusion : « C’est aussi une musique en friche.  Il y a des partitions à redécouvrir qui ont été malmenées dans certaines interprétations » Effectivement, celle de la troupe des Brigands en est bien le dernier exemple en date…  « On a l’impression qu’il faut se réapproprier ce répertoire pour lui rendre hommage ». Le plus bel hommage à lui rendre, c’est avant tout de le respecter en rendant justement à César, ou plutôt à Offenbach, ce qui lui appartient. 

LES CONTES D'HOFFMANN

LES CONTES D'HOFFMANN : la vérité sur la partition retrouvée à l'Opéra de Paris l'été dernier. Cliquez sur le lien suivant : www.jacquesoffenbach.net 

LES CONTES D'HOFFMANN

LES CONTES D'HOFFMANN : nous avons créé un site spécialement destiné à recevoir nos articles et communiqués à ce sujet. Vous pouvez vous y rendre en cliquant sur le lien suivant : www.jacquesoffenbach.net  - Nous venons de signer un contrat de co-édition afin de réaliser une édition commune (Schott / Boosey) avec Michael Kaye. Nous vous donnerons bientôt des informations détaillées à ce sujet.